Introduction

Par Lisa Goldman

 

Tel-Aviv a tendance à surprendre les visiteurs la première fois. Ils s’attendent à trouver une ville provinciale du Moyen-Orient avec des chameaux, d’anciens monuments, des fantaisies orientales et des soldats armés. Au lieu de cela, ils découvrent une métropole méditerranéenne avec des cafés chic, une scène culturelle foisonnante, des boutiques mode et des clubbers de charme.

Pendant des années, Tel-Aviv a été le secret jalousement gardé des voyageurs, considérée comme une destination vacances alternative plus intéressante que d’autres villes touristiques plus coûteuses du Bassin méditerranéen. Ce n’est que récemment que les auteurs de guides de voyages lui ont reconnu ses attributs.Ce qui plaît véritablement à Tel-Aviv, c’est son amour de la vie. Vous pouvez le constater dans les danses désinhibées des bars bondés, dans les éclats de rire et les conversations fiévreuses du matin au soir, dans cette ambiance de vacances
perpétuelle pendant les longs mois de l’été, et dans la furieuse créativité de la scène artistique et de la mode locale. Peu de villes se sentent autant en vie, confiantes et hédonistes, et vivent à ce point dans le présent. Et parce que Tel-Aviv est accueillante, la séduction de départ évolue souvent en une histoire d’amour qui dure toute la vie.
Tel-Aviv célèbre son 100e anniversaire cette année. Une photographie datant de 1909 montre un groupe de pionniers rassemblés sur la plage près de Jaffa, quand c’était encore un avant-poste de l’Empire ottoman, sur un plot de terre qu’ils avaient nommé A’houzat Beit. Plus tard, l’implantation naissante a été rebaptisée Tel-Aviv, ou la Colline du printemps, d’après la traduction en hébreu du récit utopique du sionisme moderne de Theodor Herzl, Altneuland. De 1909 à 1932, Tel-Aviv a été un village tranquille qui s’est développé progressivement. Le style éclectique était le type architectural prédominant – un mélange d’influences levantines, d’Europe centrale et orientales. L’organisation des rues était hasardeuse. Au début des années 1920, deux événements majeurs ont déterminé l’avenir de la cité. Le cœur commercial de Jaffa s’est déplacé à Tel-Aviv après des affrontements violents entre les communautés juive et arabe de l’ancienne cité portuaire. Sir Patrick Geddes a créé un plan d’urbanisme pour Tel-Aviv, fondé sur le concept de cité jardin.

Geddes était un visionnaire. Il a conçu la ville pour qu’elle puisse répondre aux besoins spirituels et matériels de ses habitants, en prenant en compte les facteurs du climat et de la structure sociale à venir. Il pensait qu’il fallait encourager l’interaction humaine en rassemblant les habitants dans des espaces publics. Il ne voulait pas séparer le centre de commerce des zones résidentielles pour éviter de faire de ces dernières des villes fantômes aux heures chômées. Les immeubles résidentiels devaient être peu élevés, aérés, esthétiques et abordables. 

Dès 1932, un troisième événement historique a laissé une empreinte décisive sur le caractère et l’apparence de Tel-Aviv. La montée de Hitler a entraîné un afflux massif de réfugiés juifs allemands vers la petite ville. Les architectes qui ont conçu les résidences de ces réfugiés avaient été formés au style Bauhaus. En fusionnant l’art et la fonctionnalité, celui-ci s’adaptait idéalement à la vision de Geddes. Tel-Aviv a été leur toile vierge : en deux décennies, près de 5 000 immeubles de style Bauhaus, international ou moderne ont été construits dans tout Tel-Aviv et Jaffa, avec des lignes nettes, des balcons incurvés et des formes géométriques. C’est ainsi qu’est née la première – et l’unique – ville Bauhaus.

Cinquante ans plus tard, l’Unesco désignait la Ville blanche – pour la couleur d’origine des immeubles – site du patrimoine mondial. Une fois qualifiée de ville la plus moderne du monde, Tel-Aviv est aujourd’hui souvent appelée, peut-être ironiquement, un “musée vivant” de l’architecture moderne. La plupart de ses immeubles Bauhaus ont été négligés, mais ils subissent un processus de restauration à un rythme toujours croissant qui reflète la gloire récemment retrouvée de l’héritage de la ville.

Près d’un siècle après que Patrick Geddes a soumis son projet au premier maire de la ville, Meïr Dizengoff, sa vision d’un espace urbain habitable a tenu bon. Tel-Aviv souffre des problèmes urbains classiques, comme les embouteillages et la pollution, mais elle demeure une ville sociale avec des boulevards ombragés bordés d’arbres, dotée de parcs et de squares où les gens peuvent se retrouver à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. C’est une lutte permanente entre le plan de Geddes et les besoins d’une métropole
du XXIe siècle. Jusqu’à présent, l’équilibre entre la préservation et la modernisation a été heureusement maintenu.

Le point d’ancrage de toute cette modernité est Jaffa, qui est fréquemment qualifiée du port en activité le plus ancien du monde. Aujourd’hui, les deux villes en sont officiellement une seule – appelée Tel-Aviv-Jaffa – mais elles sont très différentes. Jaffa regorge de monuments historiques et d’évocations du Moyen-Orient. Tel-Aviv est presque dénuée de monuments et se rapproche plus de la Méditerranée orientale que du Moyen-Orient. D’une certaine façon, elles se complètent l’une l’autre.

Une balade à pied ou à vélo de Jaffa au parc Hayarkon dans le nord est une véritable épopée à travers l’histoire courte mais fascinante de Tel-Aviv. Commencez par l’ancien port, où les pionniers du sionisme moderne ont débarqué à la fin du XIXe siècle. Continuez par Névé Tzedek, où Aharon Chelouche, descendant d’une importante famille de Jaffa, a acheté un plot de terre et établi le premier quartier juif en dehors de Jaffa au début des années 1880. Vous avez ensuite les zones du sud et du centre de Tel-Aviv, où prédomine l’influence Bauhaus des années 1930 et 1940. Vous arriverez en fin de compte devant les constructions sans charme construites entre les années 1950 et 1960, quand Israël était un nouvel Etat dans un besoin urgent de logements, avec peu de moyens à sa disposition. En cours de route, vous verrez les expérimentations des années 1970, comme le Dizengoff Center, qui a été un succès, et le pont pédestre au-dessus de la place Dizengoff, qui n’en a pas été un. A vingt ans d’écart dans l’évolution de Tel-Aviv, vous trouverez les gratte-ciel de bureaux et des immeubles résidentiels de luxe qui attestent de l’élan en avant de la ville.

L’un des plaisirs simples de Tel-Aviv est de longer le bord de mer à pied ou à vélo, sur la côte méditerranéenne, de l’ancienne Jaffa aux étendues vertes du parc Hayarkon dans le nord. Les samedis après-midi, la promenade fourmille de couples, de familles, d’artistes de rues, de camelots et de musiciens.

C’est un endroit de rassemblement très populaire. La joie de Tel-Aviv se retrouve effectivement dans ses plaisirs simples. Prenons la culture du café, par exemple. Il est presque impossible de marcher plus de cinquante mètres n’importe où en ville sans croiser un café. Les Tel-Aviviens s’y rendent pour lire le journal, pour travailler sur leur ordinateur portable (la connexion Internet sans fil est la norme), pour des réunions d’affaires ou pour discuter avec leurs amis. Un visiteur qui veut s’imprégner de culture locale s’installera dans un café durant des heures.

Ceux qui les ont expérimentées savent que rien ne ressemble aux nuits de Tel-Aviv. Elles sont anarchistes, extrémistes, hédonistes, jamais menaçantes ou intimidantes. Tous les facteurs négatifs qui caractérisent le monde de la nuit de Londres ou de New York – la pose agressive, les videurs hostiles, les saoulards bagarreurs, sont totalement absents de Tel-Aviv. Tout commence très tard, les bars ouvrent après 22 heures et les boîtes après minuit. Dans certaines parties de la ville, le samedi à quatre heures du matin s’apparente aux heures de pointe.

Tel-Aviv est aussi un haut lieu culturel. On y trouve des galeries par dizaines, un opéra acclamé et l’Orchestre philharmonique d’Israël sous la direction de Zubin Mehta. Avec une douzaine de théâtres, du théâtre national Habima aux théâtres de périphérie, Tel-Aviv possède l’un des nombres les plus élevés de théâtres dans le monde per capita.

Dans toute la ville, et toutes les nuits, ont lieu des lectures de poésie, des vernissages, des représentations de théâtre expérimental, des concerts de jazz de musiciens locaux et internationaux, de pop israélienne, de rock, d’Indy et de musique folk. La ville attire des artistes du monde entier et grouille d’une énergie créative.

Certaines attitudes sociales sont remarquablement ouvertes à Tel-Aviv, à tout point de vue. Fréquemment citée comme l’une des villes les plus accueillantes pour les homosexuels, elle héberge la Gay Pride tous les ans. Elle comprend peu de clubs et de bars spécifiquement gays, pour la simple raison qu’il n’y a pas de ghettoïsation d’homos et d’hétérosexuels.

Le soleil brille presque tous les jours à Tel-Aviv. Les étés sont terriblement chauds et l’hiver, bien que court, peut être froid et humide. La meilleure saison pour une visite est au printemps, en mars en particulier, quand les soirées sont suffisamment fraîches pour supporter un pull léger et les journées assez chaudes pour aller à la plage. Si vous venez en juillet, août ou septembre, la chaleur rendra vos promenades de jour presque impossibles, à moins que vous ne soyez un mordu de climat tropical. Economisez votre énergie pour les nuits humides, dans une ambiance de fête perpétuelle. Ne craignez pas de traverser la ville tout seul, tard dans la nuit. La violence urbaine est un phénomène quasiment inconnu à Tel-Aviv.

Voici quelques petits détails que vous devez savoir :

•  Le préfixe téléphonique de Tel-Aviv est le 03. Quand vous êtes en ville, vous n’avez pas besoin de le composer à partir d’un téléphone fixe, ni même si vous appelez dans la région périphérique. Ne composez pas le zéro si vous appelez de l’étranger. L’indicatif d’Israël est le 972.

•           Les chauffeurs de taxi ont tendance à considérer les touristes comme des proies faciles. Vous devez leur demander de mettre le compteur en marche (“moné” en hébreu). Il n’est pas d’usage de leur donner des pourboires.

•           Par contre, les serveurs dans les cafés et restaurants doivent recevoir un pourboire d’environ 15 %. On le laisse généralement en liquide, même si on paye avec une carte de crédit.

•           La plupart des commerces ferment le vendredi après-midi et rouvrent le dimanche matin. Les cafés et les restaurants ont tendance à rester ouverts le week-end, bien que les exceptions soient nombreuses. Il est sage de vérifier au préalable. Les boîtes, les pubs, les cinémas et les théâtres restent ouverts pour la plupart.

•           Quoi qu’il arrive, vous ne devez jamais vous inquiéter de la nourriture à Tel-Aviv. Les cafés les plus simples servent des salades fraîches et des sandwichs à des prix raisonnables. Et le café est toujours bon.

A Tel-Aviv, être “bien habillé” veut dire être décontracté. Vous pouvez laisser les costumes à la maison, même si la mode compte autant que dans n’importe quelle autre grande ville. Ne vous inquiétez pas si on ne vous sourit pas souvent. Ce n’est pas que nous soyons froids, nous sommes juste cool. Et nous nous réchauffons rapidement.