Jaffa (Yafo en hébreu, Yaffa en arabe) est riche d’un point de vue historique, culturel et anthropologique. On passera facilement plusieurs jours à explorer ses nombreux centres d’intérêt, ses rues dérobées, ses sites historiques, ses restaurants et ses boutiques.

Cette ville peut être divisée en deux sections : la partie ancienne, qui une fois restaurée est devenue une attraction touristique populaire, et la partie la plus récente, dont la population est ethniquement et économiquement diversifiée.

L’ancienne Jaffa comprend un ancien port pittoresque, des sites historiques, des maisons rénovées datant de l’époque ottomane, d’excellents restaurants, des galeries d’art et des magasins. C’est une attraction touristique majeure tant pour les étrangers que pour les Israéliens. Ils s’y rendent pour manger du houmous, chiner au marché aux puces et se promener le long des anciennes allées en fin de semaine.

La partie récente de Jaffa est surtout résidentielle. Ses habitants sont un mélange de musulmans, de chrétiens et de juifs, ces derniers se divisant entre les jeunes gens aux situations financières confortables et les plus âgés qui habitent la ville depuis les années 1950. La Jaffa résidentielle fait ressortir la négligence de la municipalité et la pauvreté des résidents. Quelques quartiers ont été entretenus par d’anciennes familles de classe moyenne qui y ont vécu pendant des générations, ou se embourgeoisés par l’afflux d’artistes et de requins des milieux d’affaires. Ajami peut s’enorgueillir d’anciennes demeures, de parcs, de superbes vues, ainsi que de bons restaurants locaux et d’une ambiance authentique de voisinage.

 

Histoire

 

On parle souvent de Jaffa comme du plus vieux port du monde. Si son activité commerciale était intense dès l’âge de bronze jusqu’aux années 1930, c’est aujourd’hui une marina délabrée mais pittoresque utilisée par les pêcheurs locaux et les propriétaires de bateaux de plaisance.

La cité antique au-dessus du port a connu une histoire riche et violente de conquête et de reconquête, de destruction et de reconstruction. Le port est mentionné dans l’Ancien et le Nouveau Testament, et a été utilisé par le roi Salomon pour importer des cèdres du Tyr afin de construire le Premier Temple. A partir de 636 de l’ère chrétienne, les Arabes se le sont octroyé, les Croisés cinq siècles plus tard, puis les Ottomans, les mamelouks égyptiens et de nouveau les Ottomans. Quand Napoléon a conquis la ville en 1799, il a fait noyer

2 000 prisonniers albanais dans le port. Ces événements historiques sont inscrits sur les plaques des différents sites de la zone du port remis à neuf.

A partir de la moitié du XIXe siècle jusqu’à la conquête britannique en 1917, la ville était un centre prospère de l’Empire ottoman. Sa population de musulmans, de chrétiens et de juifs, employés dans le commerce, les banques, la pêche et l’industrie, a grossi jusqu’au surpeuplement au début du XXe siècle.

A la fin du XIXe siècle jusqu’en 1920, Jaffa était le quartier général du mouvement sioniste moderne en Eretz Israël. Durant le soulèvement arabe de 1936-1939, plusieurs émeutes ont éclaté à Jaffa. La plupart des entreprises britanniques et juives ont alors déménagé à Tel-Aviv.

Bien que Tel-Aviv ait originellement été établie en 1909 comme banlieue de Jaffa, sa croissance rapide a été jusqu’à écraser la ville ancienne. En 1950, elles été incorporées l’une à l’autre pour créer la municipalité de Tel-Aviv-Jaffa.

Même si les deux villes n’en sont nommément qu’une, elles sont radicalement différentes. C’est en partie parce que Jaffa est ancienne et que Tel-Aviv est neuve. Mais c’est surtout par la population hétérogène d’Arabes et de Juifs cohabitant à Jaffa. Tel-Aviv comprend une minorité de résidents non-juifs, et quelques Arabes y vivent.

Le cité portuaire

 

L’ancienne cité portuaire est nettement visible à partir de Tel-Aviv. Construite sur une colline qui domine la mer, elle dépasse du littéral et ressemble de loin à une forteresse – c’en était d’ailleurs une. Elle offre une vue spectaculaire de Tel-Aviv. Aujourd’hui, le port subit un processus de rénovation complet qui en fera un centre d’intérêt aussi bien pour les locaux que pour les touristes.

Le moyen le plus pittoresque d’entrer dans Jaffa est à pied, par la promenade du bord de mer. Le pont pédestre marque d’une manière non officielle l’endroit où la ville ancienne rencontre la nouvelle. Cette route vous mènera directement à la zone du port rénové, avec ses panoramas et ses sites historiques indiqués par des flèches.

Les sites notoires sont le rocher d’Andromède, les allées du Zodiaque, l’horloge, la mosquée Mahmoudia, l’église Saint-Pierre, la place Kedumim, la synagogue libyenne (désormais un musée) et les excavations archéologiques de la colline de Jaffa. De par leur proximité géographique, on peut facilement tous les voir en une demi-journée d’exploration.

Les galeries d’art, les restaurants, les musées et les boutiques pullulent dans l’ancienne Jaffa. Puisque la zone est restreinte et bien démarquée, il est inutile de les répertorier ici – bien que le musée Ilana Goor soit particulièrement recommandé. Vous les trouverez inévitablement en arpentant les ruelles de pierres. Les restaurants face à la mer sont un peu chers et parfois un tantinet touristiques, mais pas outre mesure. Devant la vue qu’ils offrent, vous surmonterez facilement ces inconvénients mineurs.

Tous les restaurants ne donnent pas sur la mer. Il s’en trouve d’excellents en face de la tour de l’horloge, ainsi que des cafés et des bars dérobés dans les allées du quartier Noga. Si vous préférez la bonne chère au panorama, ces endroits se révèlent une meilleure alternative – en particulier pour le dîner.

L’été, la municipalité de Tel-Aviv-Jaffa sponsorise des concerts dans le parc de l’église Saint-Pierre. Les programmes sont distribués à proximité et figurent sur le site Internet de la ville. 

Les rues, nommées d’après les signes du zodiaque, sont bordées de galeries et de studios d’artistes, de boutiques de bijoux, d’objets Judaïca et de souvenirs.

 

Le marché aux puces  

 

Situé en dessous de la ville ancienne, le marché aux puces est un passage obligé de Jaffa. On y entrera de préférence par la rue Olei Zion, où elle rencontre le boulevard Jérusalem. Ce dédale de rues regorge d’échoppes où l’on trouve de tout : des antiquités restaurées, des meubles art déco jusqu’au bric-à-brac du grenier de grand-mère. Les marchands qui se connaissent depuis des années se saluent à tue-tête, ou s’assoient pour siroter un thé à la menthe en jouant au backgammon (shesh-besh). On peut marchander dans certains endroits et dans une certaine mesure. Mais à moins d’être né dans un bazar turc, ne vous attendez à faire baisser les prix de ces vendeurs chevronnés qui ne sont pas nés de la dernière pluie.

Des cafés, des pubs exigus et des restaurants sont coincés entre les échoppes du marché aux puces. Ils valent tous de s’arrêter pour un repas ou un coupe-faim, mais il y a un incontournable : le Docteur Shakshouka. Ce restaurant légendaire sert une cuisine traditionnelle originaire des communautés juives de Tripoli et du Maroc. Sa réputation réside dans son plat phare : la shakshouka. Les œufs cuits dans une sauce tomate épicée constituent un genre de plat national. Servi dans une poêle à frire, ce plat nourrissant est saucé par un gros quignon de pain frais et rincé par un thé à la menthe ou une citronnade.

 

La colonie américaine

 

Derrière le marché aux puces et le boulevard Jérusalem, dans un genre de no man’s land qui relie Florentine à Jaffa, se trouve la colonie américaine. Ce quartier minuscule et pittoresque de maisons en bois aux toits de pins ressemble à un musée de la Nouvelle-Angleterre sur les mœurs du XIXe siècle.

En 1866, un groupe de chrétiens évangélistes américains venus de Jonesport, dans le Maine, ont arrimé à Jaffa. Ils ont apporté le bois qu’ils allaient utiliser pour construire leur résidence en Terre sainte. Ils vendront plus tard leur minuscule colonie aux templiers allemands, ce qui explique qu’on l’appelle parfois la colonie allemande. L’histoire de la colonie américaine est racontée dans la maison de l’amitié, ouverte tous les jours aux visiteurs.

 

Boulevard Jérusalem

 

Bondé et souvent bruyant, le boulevard Jérusalem est l’une des principales artères commerciales de Jaffa. Il déborde d’activité en semaine. On y trouve notamment des magasins de vêtements et des boulangeries. Outre le trafic de voiture, celui des piétons est également dense, ce qui en fait un endroit intéressant pour la promenade et l’observation. 

Le théâtre Gesher, de réputation internationale, produit fréquemment des pièces sous-titrées en anglais. Il vaut sans aucun doute la visite et domine le nord du boulevard Jérusalem. Derrière la fontaine sur la place, se trouve le charmant quartier Noga, où se sont installés des studios de design, des boutiques à la mode, des cafés et des restaurants entre la zone ottomane restaurée et les immeubles résidentiels.

 

Rue Yefet

 

La tour de l’horloge de trois étages de Jaffa a été construite au début du XXe siècle pour célébrer l’anniversaire du sultan Abd al-Hamid II. Elle domine aujourd’hui la place qui marque le début de la rue Yefet, à l’endroit même où Tel-Aviv se fond avec Jaffa. Les rues parallèles de ce quartier valent l’exploration. Elles sont bordées de restaurants fréquentés par des locaux qui se retrouvent l’après-midi autour d’interminables parties de cartes et de backgammon, jouées sur des tables brinquebalantes installées à même le trottoir.

Un peu plus haut sur la rue Yefet, vous ne pourrez pas manquer Abulafia. C’est le commerce le plus connu de la ville. Ouvert 24 h/24, il y a toujours la queue pour acheter des pitas chaudes, toutes sortes de pains farcis et de savoureuses pâtisseries levantines.

A l’instar du boulevard Jérusalem, Yefet est l’une des artères commerciales les plus importantes de Jaffa. En plus des cafés, des magasins et des restaurants, elle est connue pour sa longueur et ses centres d’intérêt, comme l’église Saint-Antony ou la pharmacie Fakhru Geday. Celle-ci se trouve au même endroit, sous le nom de la famille du propriétaire depuis la période du mandat britannique.

Arrêtez-vous au café Yafa au 33, de la rue Yehuda Margoza, où elle croise Yefet. Appartenant à une femme juive et à un homme arabe, ce café, empli de livres, est le repaire local privilégié de journalistes et d’universitaires. En dessert, offrez-vous une glace chez Victory, institution locale mitoyenne.

 

Un peu plus sur Jaffa

 

Les touristes ont tendance à ne pas s’aventurer en dehors du vieux port et du marché aux puces. L’unique exception à la règle est Ali Karavan, connu sous le nom d’Abou Assad, largement considéré comme le meilleur houmous d’Israël. Etant donné l’obsession littérale des Israéliens pour le houmous, cette information est de la plus haute importance. Si vous voulez tester cet endroit légendaire vieux de quarante ans, rendez-vous juste en dessous de la colline la rue Hadolphin. Mais allez-y tôt – en milieu de journée, le houmous est déjà parti en général, et les vendredis, les queues se forment de bonne heure pour acquérir cette gâterie du week-end.

Jaffa regorge de charmantes ruelles, de cours pittoresques et de jardins luxuriants. Les demeures ottomanes restaurées du vieux port sont en partie habitées par les riches, excepté Ajami et le reste de Jaffa où vit plutôt la classe moyenne. C’est le seul endroit aux alentours de Tel-Aviv où les Juifs et les Arabes vivent véritablement côte à côte. Quelques coins d’Ajami sont d’excellents exemples de coexistence pacifique.

La part d’ombre de Jaffa réside dans ses activités criminelles – la plupart du temps liées à la drogue. Des guerres de clans entre des bandes rivales se manifestent parfois par des échanges de feu. Jusqu’à présent, il ne s’est jamais trouvé de cas où un passant innocent avait été pris dans des tirs croisés. Par conséquent, les médias locaux rapportent rarement ces incidents. Jaffa est également connue pour ses petits larcins – pour la plupart des vols de voiture et des effractions. Mais aucun ne devrait faire fuir les visiteurs. Les rues sont calmes et sûres – en particulier en journée – et dans tous les cas, Israël est presque entièrement épargné du type de violence urbaine de mise dans les mégalopoles occidentales.

On trouve de remarquables anciennes demeures à Ajami, en particulier autour des rues Yefet, Toulouse et Kedem. Les signes extérieurs de richesse sont incontestables, ainsi que les traces de pauvreté, mais c’est globalement un quartier authentique et décontracté. Vous pouvez prendre le temps de vous y promener.

Le café Paul, au 142, rue Yefet, est un charmant café de voisinage où l’expresso fait à partir de grains torréfiés sur place est servi à une clientèle régulière. A côté, le glacier qui existe depuis des années est très populaire. En longeant la rue, on trouve la résidence de l’ambassadeur de France en Israël, située bien à propos dans la rue Toulouse. Cet impressionnant bâtiment Bauhaus a été commandé à l’origine comme résidence privée par une famille arabe proéminente. Le centre communautaire arabo-juif et l’école élémentaire sont juste en face, devant un parc. Les cimetières historiques musulmans et grecs orthodoxes qui dominent la plage Ajami valent aussi la visite.

Prenez à droite sur Kedem et marchez le long de la plage ; de bons restaurants de mer sont tenus par des locaux, et sont plutôt bon marché. On trouve également des bars à narghileh, où les locaux (parfois des femmes) viennent fumer, jouer au backgammon et boire du thé à la menthe. La mosquée locale est sans prétention. L’appel à la prière est chanté par un chanteur à la voix plaisamment modulée, et non par un disque grésillant préenregistré.

En un sens, Jaffa et Tel-Aviv sont comme deux pays distincts. Ensemble, pourtant, ils créent une fusion unique d’influences levantines, arabes, européennes, juives, modernes et anciennes qui caractérisent la municipalité exceptionnelle de Tel-Aviv-Jaffa.