Le secret du charme de Tel-Aviv

 

Par Gal Uchovsky

 

Prenez Londres, par exemple. Quand des millions de touristes s’agglutinent quotidiennement sur la rue Oxford, seuls quelques-uns s’aventurent au sud de la rue Molton où se trouvent les boutiques les plus intéressantes. Le centre de Londres, comme celui de Paris ou de New York, est une savante combinaison de sites touristiques et de secrets locaux.

Une grande ville présente toujours un défi. Elle se découvre à deux niveaux. Le premier est immédiatement perceptible à l’œil, l’autre est caché sous la surface. Même Venise, qui est un grand piège à touristes, a ses restaurants réservés aux locaux. Certains comportent des salles séparées pour les touristes – au cas où ces derniers viendraient perturber la tranquillité des habitués. En fait, plus une ville attire de touristes, plus les locaux ont tendance à se regrouper dans des zones tampons – ou oasis si vous préférez – pour garder les meutes de touristes à distance.

 

Tel-Aviv n’est pas Amsterdam. Pendant des années, elle a presque été épargnée par le tourisme. Le circuit standard Terre sainte se concentrait sur Jérusalem, le lac de Tibériade, la mer Morte et tous les endroits qui avaient reçu leur certificat de qualité de 5 000 ans d’histoire. Ce n’est que récemment que le monde a commencé à découvrir Tel-Aviv, un genre de version levantine de Barcelone ou de Lisbonne. Et les Tel-Aviviens en sont encore au stade où ils aiment bien les personnes qui parlent des langues étrangères, surtout s’ils ont l’air cool.

 

Ce n’est pas que Tel-Aviv n’ait pas de secrets. C’est juste que le jeu de cache-cache israélien se joue entre les locaux, les citadins authentiques et les banlieusards. Ces derniers sont deux millions à vivre dans les villes alentour. Ils viennent à Tel-Aviv pour se distraire. Puisque les banlieusards parlent hébreu, les codes développés par les Tel-Aviviens pour les éviter sont très sophistiqués. Mieux vaut avoir un bon œil pour découvrir la véritable Tel-Aviv.

 

La force principale de Tel-Aviv réside en ses habitants. Je ne vous recommanderais pas particulièrement d’aller à Tel-Aviv pour le shopping – même si un acheteur expérimenté y trouvera son compte. Je ne vous recommanderais pas d’y aller pour la nourriture, même si le meilleur houmous du monde se trouve à Jaffa, chez Ali Karavan, un petit endroit ouvert à partir de midi où vous partagez votre table avec des ouvriers du bâtiment et où le serveur vous montre la porte à peine votre dernière bouchée avalée. Je ne vous recommanderais pas non plus de venir pour son architecture, même si nous sommes très fiers du fait que Tel-Aviv comprenne la plus grande concentration de bâtiments Bauhaus au monde.

 

En fait, il n’y a qu’une seule chose à Tel-Aviv qui soit meilleure que partout ailleurs. Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est le café. Le plus grand accomplissement culturel d’Israël cette dernière décennie est d’avoir percé le secret de préparation du cappuccino. Chaque café de Tel-Aviv – que ce soit la branche d’une chaîne commerciale ou un simple café de voisinage – sert un excellent expresso, à la bonne température. Le seul endroit à Tel-Aviv où le café est mauvais est au McDonald’s. Nous nous félicitons qu’il y ait si peu de McDonald’s à Tel-Aviv, et que les enfants en soient les principaux clients.

 

Alors pourquoi venir à Tel-Aviv ? Pour l’expérience totale – l’expérience méditerranéenne. Pour s’asseoir au bon endroit de la plage, en face de la mer, pendant ces heures entre la fin de l’après-midi et le coucher de soleil, à siroter la margarita idéale. Pour se balader le long du boulevard Rothschild à une certaine heure de l’après-midi, et s’arrêter pour manger le parfait sandwich. Pour entrer dans des clubs et des bars pleins à craquer la nuit. En général, Tel-Aviv est le genre de ville qui devient bien plus charmante à la tombée de la nuit ; durant les petites heures du jour, avant le lever du soleil, la ville boit et danse fiévreusement, à plein volume.

 

Les heures du jour sont un petit peu plus compliquées. Les Israéliens n’aiment pas en parler, mais le fait est que Tel-Aviv est une vague réminiscence du tiers-monde. Ce n’est pas une ville propre. Et certains endroits ne manquent pas de prestataires de service prêts à escroquer un tant soit peu les touristes. Ils ne veulent pas vous agresser – cela ne les intéresse pas de voler votre valise, par exemple – ils veulent juste que vous payiez un peu plus. En même temps, dans des quartiers plus salubres, les commerçants peuvent passer une heure à conseiller un touriste sur ce qu’il y a à faire et à voir, où dormir et manger. Et il y a aussi le climat. Il est assez agréable, relativement parlant, bien que les mois d’été soient totalement insupportables une grande partie de la journée. D’où l’invention de l’air conditionné.

 

Vous êtes désorienté ? Ne vous inquiétez pas. Ce n’est que le début. C’est parce que le climat méditerranéen et la situation politique semblent avoir rendu les Israéliens un peu agressifs – particulièrement aux yeux d’un touriste occidental. Les restaurants et les bars qui longent le bord de mer sont souvent remplis de chasseurs de touristes. Ils sifflent les filles en bikini en faisant des commentaires suggestifs, ils essaient même de les envoyer au magasin de leur oncle. La seule caractéristique qui les sauve est qu’ils ne sont presque jamais violents et qu’il suffit souvent de leur dire « non ».

 

Ce n’est pas une coïncidence si les touristes évitaient Tel-Aviv jusqu’à présent. On n’y trouve pas de grands monuments – ils sont en réalité petits et insignifiants. Le boulevard Rothschild, avec ses bâtiments Bauhaus rénovés, est peut-être la seule rue de toute la ville dans laquelle il vaut vraiment le coup de se promener. Et même là-bas, il faut mieux connaître le territoire.

Tel-Aviv est une ville relativement petite, avec de grandes sections résidentielles. Afin d’être séduit et charmé par la magie de Tel-Aviv, vous devez utiliser vos jambes et marcher, en espérant qu’il ne fera pas trop chaud. De toute manière, il est bon de savoir que même le plus petit des kiosques est climatisé de nos jours.

La véritable Tel-Aviv s’étend du Yarkon au nord à Jaffa au sud. En fin de compte, c’est une petite parcelle de terre qui mêle le présent et le futur d’une émouvante façon. C’est un cliché d’utiliser des expressions comme « hier et aujourd’hui », mais je ne vois pas d’autre manière d’évoquer un restaurant ultramoderne entouré de fenêtres de verre poli en haut du centre Azrieli – d’où vous pouvez voir presque tout le pays, d’Ashkelon à Haïfa et à l’est, les collines de Jérusalem – avec le marché aux puces de Jaffa, où certains marchands travaillent plusieurs décennies.

 

C’est une ville de falafel et de sushi. Le premier peut se consommer debout. Il faut néanmoins avoir en tête qu’il y a un trou en dessous de la pita à partir duquel la tehina s’écoule sur votre chemise ; les sushis sont quant à eux servis dans des restaurants souvent plus chers que de raison, étant donné la qualité du poisson méditerranéen utilisé par les propriétaires. Afin de simplifier les choses, s’habiller pour sortir dans Tel-Aviv est ce qu’il y a de plus facile au monde, que vous alliez faire un jogging ou à l’opéra (si vous n’avez vraiment pas le choix). Le vêtement de base est le tee-shirt en coton. S’il s’y trouve un imprimé intéressant, on doit même vous gratifier d’un compliment.

 

Peu d’occasions nécessitent de porter un costume à Tel-Aviv, en particulier quand il fait chaud, c’est-à-dire presque toute l’année. Il est préférable de porter aussi peu de vêtements possible. Tel-Aviv est une ville décontractée. On n’a pas besoin de codes de conduite. Tout est ouvert. Commencez à discuter avec le serveur, il vous demandera rapidement d’où vous venez et combien vous gagnez par an.

 

Alors, qu’est-ce que l’expérience ultime de Tel-Aviv ? Quelle est la chose que vous devez faire pour que votre visite n’ait pas été vaine ? Il n’y a pas de réponse à cette question. Peut-être parce qu’une telle chose n’existe pas, l’expérience ultime de Tel-Aviv. Tel-Aviv est une ville qui suit le courant. Elle dicte chaque matin ce qui est intéressant, ce qui est ennuyeux et où il faut aller. Le seul moyen de conquérir la ville est peut-être d’y venir – s’y installer et se laisser entraîner par son doux courant. Quelque chose s’y passera sans aucun doute. Les choses arrivent toujours à Tel-Aviv. Et avec un peu de chance, cela vous arrivera, à vous.